Nous avons appris le décès de Jan Talpe, à l’âge de 92 ans, à Bruxelles, en Belgique. Jan faisait partie de ces personnes que Bertolt Brecht, dans un magnifique poème, qualifiait de « combattants indispensables », car il a consacré plusieurs décennies de sa vie à lutter contre le capitalisme.
Il est né en 1933 en Belgique, dans une famille catholique flamande. Il a toujours affirmé que c’était sa mère qui lui avait inculqué les valeurs fondamentales qui ont guidé toute sa vie de lutte. Très jeune, il a été ordonné prêtre. Au cours de cette formation, il a obtenu des diplômes en théologie, en philosophie et en physique. C’est également à cette époque qu’il a appris certaines des nombreuses langues qu’il maîtrisait couramment.
Son ordre religieux l’envoya comme missionnaire au Brésil, dans les premières années de la dictature militaire dirigée par le général Castelo Branco. C’est là qu’il commença à radicaliser ses positions, à avoir un premier contact avec le marxisme et à participer activement à la lutte contre la dictature depuis le quartier ouvrier où il s’était installé. Il fut arrêté et emprisonné pendant plusieurs mois. Une forte campagne internationale obtint sa libération et il fut expulsé du Brésil.
De retour en Europe, il quitta l’Église. En France, il fit la connaissance et tomba amoureux de Loly, une exilée chilienne qui allait devenir sa compagne et la mère de ses deux enfants. Le couple s’installa en Argentine, où naquirent Pablo et Ana. Pendant la guerre des Malouines, ils se sont rapprochés du PST (section argentine de la LIT-QI) puis ont participé à la fondation du MAS. Il s’installe avec sa famille à Salta, où il commence à travailler comme professeur d’université et à s’impliquer activement dans les luttes du secteur. Il participe au congrès du MAS de 1988 en tant que délégué de la région de Salta.
Après la grave crise traversée par la LIT-QI, il s’installe avec sa famille en Europe pour aider à reconstruire le travail sur ce continent. Au départ, il le fait au sein de l’« équipe germano-belge », puis en impulsant la construction de la LCT (section belge de la LIT-QI), aux côtés de Loly. Bien que vieillissant, il est resté très actif et, à plus de 80 ans, il a participé aux congrès de la LIT-QI, a été élu membre de sa Commission de moralité et l’est resté jusqu’à sa mort.
Jan n’a jamais aspiré à intégrer les organes politiques centraux de l’organisation internationale. De même, malgré ses immenses connaissances sur de nombreux sujets, il ne se considérait pas comme un théoricien et n’a pas écrit de livres. La seule exception est Les États ouvriers du Glacis, un ouvrage très documenté sur l’émergence des États ouvriers bureaucratiques d’Europe de l’Est après la Seconde Guerre mondiale, et sur le processus qui a conduit à la restauration capitaliste dans ces pays[1].
Outre sa conviction de militant révolutionnaire, son humilité et ses connaissances universelles, Jan était un être humain très aimable et attachant. C’est pourquoi, partout où il est passé, il était respecté et, en même temps, aimé. Il en fut ainsi au Brésil. Il en fut ainsi en Argentine, tant au sein du MAS qu’à Salta : lorsqu’il repartait pour l’Europe, le syndicat des professeurs d’université (dirigé par le réformisme) lui offrait un traditionnel « poncho salteño » qu’il portait fièrement lors des congrès de la LIT-QI. Il en a été de même en Belgique, où toutes les organisations de gauche lui vouaient un profond respect.
C’est ainsi que nous voulons lui rendre hommage, avec beaucoup d’affection et de respect. Des sentiments qui ne sont pas éclipsés par les divergences que nous avons eues avec lui ces dernières années au sein de la LIT-QI.
Jan savait que sa mort était inévitable en raison de la détérioration irréversible de sa santé. Il l’a affrontée avec une grande dignité. Dans une lettre d’adieu à ses « chers camarades de lutte », il parle avec joie d’avoir consacré sa vie à la lutte révolutionnaire et d’avoir vécu de nombreuses années d’amour avec Loly. Il termine cette lettre par la phrase « je vous lâche la main, avec un grand sourire ».
D’une certaine manière, il nous demande, à « ses camarades de lutte », de lui faire nos adieux avec « un grand sourire ». Nous essaierons de le faire, mais la douleur est grande et il est inévitable que nous versions quelques larmes. Ce qui est certain, c’est que le meilleur hommage que nous puissions lui rendre est l’engagement de poursuivre avec fermeté et optimisme la lutte pour la révolution socialiste à laquelle il a consacré sa vie.
Camarade Jan,
Hasta el socialismo siempre !
CORI-QI, le 23/04/2026
[1] https://litci.org/es/lanzamiento-del-libro-los-estados-obreros-del-glacis-jan-talpe
Pour un article en français sur le thème: https://litci.org/fr/le-socialisme-de-la-bureaucratie-du-kremlin-de-la-collaboration-de-classe-a-la-capitulation/

