Grève chez bpost: une combativité exemplaire canalisée par les bureaucraties syndicales

Par: équipe européenne du CORI-QI, le 10 juin 2026

Une grève historique vient de secouer bpost. Durant 5 semaines les postiers et les postières on fait grève pour rejeter les nouvelles attaques sur leurs conditions de travail. Les directions syndicales ont été clairement dépassées par la base qui durcit la lutte. Mais ces dernières ont fait appel à un médiateur fédéral pour sortir la crise au lieu de renforcer encore le mouvement. Finalement, la convention collective de travail a été votée par les patrons, la CGSLB et ACCOD, la centrale des services publics de la FGTB du côté néerlandophone. Au lendemain du vote, des débrayages ont encore eu lieu dans des centres de tri. L’accord conclu n’apporte aucune réelle avancée et la mesure qui a déclenché la grève est maintenue. Ce qui fait dire aux directions syndicales qu’ils ne peuvent garantir la paix sociale….

Quelques jours avant la fin du conflit, nous avons demandé à un travailleur de bpost son sentiment sur cette grève historique.

Peux-tu nous dire pourquoi la grève s’est déclenchée ?

La grève chez bpost a commencé spontanément, fin mars, comme une réponse au plan de réorganisation concernant la distribution des colis et du courrier, surtout la modification des horaires de travail chez les facteurs . Mais, pour moi, cette raison était seulement une étincelle qui a déclenché l’explosion à partir de la situation générale chez les postiers. La situation actuelle est marquée par une colère et un mécontentement qui augmente chez nous, car nous subissons des conditions de travail épouvantables : horaires qui sont fixés toujours selon les besoins des clients, surcharges de travail, augmentations des maladies et accident lié au travail, beaucoup de pression et stress, salaires misérables, etc.

J’ajoute qu’il y a sur la table un plan de licenciements secs qui peut toucher 5 à 6000 travailleurs ou plus. Dernièrement, on parle aussi de la suppression de la prime de production de fin avril que les postiers reçoivent. Mais, cette année, quand la société a annoncé le montant de la prime, les médias ont diffusé aussi les salaires et les primes du notre patron : les chiffres ont scandaleux !!!

Pris ensemble, tous ces éléments ont été la source de cette dernière grève.

Comment s’est organisé le mouvement et quelle a été la réaction des syndicats?

Cette fois-ci, le mouvement s’est rapidement propagé en Wallonie et à Bruxelles.Tout simplement, je pense que les postiers sont conscients que leur futur est en jeu : une dégradation de leurs conditions de travail. Bpost commence à appliquer de nouveaux plans en profitant de la nouvelle situation générale du pays. Les syndicats sont conscients de l’existence de cette situation explosive au sein de l’entreprise. Donc, le front commun a présenté rapidement un préavis de grève pour tout le mois d’avril.

Les syndicats ont dit dans les médias que la grève était partie de la base, pourtant d’habitude, ils arrivent à empêcher l’action spontanée, comme les arrêts de travail régulier. Qu’est-ce qui a changé cette fois-ci?

Cette grève a englobé la Wallonie et Bruxelles et concerné surtout les bureaux de distributions et les centres de tri. Les syndicats n’ont pas eu d’autre choix que de présenter le préavis de grève sinon ils allaient perdre leur crédibilité devant les travailleurs, crédibilité qui est déjà remise en question.

Le deuxième pas pris par les syndicats c’est de monter des piquets devant certains centres de tri ou bureaux de distributions. En général, ils ont été garantis par la bureaucratie. Ces piquets sont montés ou démontés selon la volonté de la bureaucratie.

Je vous donne un exemple. D’après mes informations, les syndicats ont monté le piquet à NBX Bruxelles, le centre de tri le plus grand de la Belgique, pendant seulement 3 jours. Les travailleurs de ce centre pouvaient continuer la grève s’ils le voulaient, de manière individuelle, parce qu’ils sont couverts par les syndicats !!!

Mais la base de ce centre n’a pas décidé la continuité du piquet, n’a pas élu un comité de grève. Tout simplement parce que ce n’était pas la stratégie de la bureaucratie.

Cette grève est historique par sa durée et son ampleur grâce à l’unité entre les travailleurs des bureaux de poste et des centres de tri en Wallonie et à Bruxelles. Mais le mouvement a-t-il été suivi en Flandre?

Il faut savoir que l’entreprise a pour politique d’installer une division entre les travailleurs en imposants différents types de contrat alors même que l’on exerce le même bulot : statutaires, contractuels barémiques, contractuels non barémiques, CDD, intérimaires, etc. Les syndicats sont d’ailleurs parfois eux-mêmes complaisants et ne combattent pas cette division au sein de notre classe alors que l’on constate une unité et une solidarité forte entre tous les travailleurs.

Malheureusement, le mouvement n’a pas été suivi en Flandre. Ce n’est pas à cause du manque de combativité des travailleurs flamands, mais je pense plutôt que c’est cause de la politique consciente de la part de la bureaucratie syndicale pour diviser et empêcher que le mouvement soit grand et fort. Dans ce sens, vous pouvez constater que les affirmations des directions syndicales flamandes sont plutôt en faveur de la négociation avec bpost que de faire grève. Ça a permis à bpost de rediriger des paquets vers des centres de tri flamands. On peut clairement voir les conséquences désastreuses de cette politique de division!

Est-ce que l’ accord obtenu est une victoire?

D’abord, j’aimerais bien rappeler un fait incompréhensible concernant la bureaucratie syndicale :

Malgré le fait que le mouvement de grève continue, on a constaté que, à partir de la nuit du dimanche 26 avril, les intérimaires sont appelés pour travailler. Normalement, selon la loi, s’il y a un seul gréviste, les intérimaires ne peuvent pas travailler. Les travailleurs n’ont pas bien compris les raisons de cette décision, prise sans les avoir consultés.

En fait, cette décision est prise dans le cadre du début de la négociation entre les syndicats et le patron, elle reflète tout simplement la complicité de la bureaucratie syndicale avec l’entreprise.

Chez nous, beaucoup se demandent ce qui a changé, en sachant qu’il n’y a pas encore un accord final signé entre bpost et les syndicats. On parle du 28 mai pour signer l’accord final.

Alors, dans l’absence d’un accord, la réponse pour cette question sera abstraite, mais d’après les indices et les éléments que nous avons, je pense que nous allons plus perdre plus que gagner : une perte surtout au niveau de conditions de travail, la flexibilité sera appliquée dans tous les sens…

Que faudrait-il faire pour obtenir enfin de réelle amélioration de vos conditions de travail?

Parfois il y a des luttes historiques qui peuvent se terminer par des défaites. Mais ce qui est positif c’est que notre classe fait l’expérience et apprend à connaître mieux les directions de leurs organisations syndicales, leur vrai rôle dans la lutte. Cela peut pousser une partie de l’avant-garde des travailleurs à chercher d’autres alternatives d’organisations qui peuvent vraiment ramener des victoires à notre classe.

Est-ce que vous avez participé aux mobilisations nationales et grèves des syndicats organisées depuis novembre? Et que penses-tu de ces actions ?

Les postiers sont toujours appelés pour participer aux mobilisations et grèves des syndicats. Mais la question c’est comment, et dans quel but. Pour moi, ça c’est la vraie question.

Les appels à la participation se font en général par watsap, en insistant sur le fait que les travailleurs sont couverts et indemnises. La plupart de travailleurs ne savent même pas quelles sont les revendications parce qu’ils ne sentent pas concernés par des actions qu’ils n’ont pas décidés. Ils sont loin de prendre les décisions qui concernent leur futur, ce qui devrait se faire normalement à travers des assemblées démocratiques et représentatives.

Malheureusement, de nouveau, un fait scandaleux concerne les grèves du 24/25 et 26 novembre : la bureaucratie syndicale a garanti la paix sociale chez bpost ( pas un seul piquet organisé au sein de l’entreprise), ce qui montre une complicité totale !!!

Alors, dans ce contexte, comment va-t-on pousser notre gouvernement à reculer dans ses décisions défavorables aux travailleurs ? En plus, le calendrier de mobilisations planifié par la bureaucratie ignore la base au lieu de décider tous ensemble un plan de lutte avec comme perspectives d’ unifier toutes les luttes de notre classe pour obtenir de vraies victoires.

Veux-tu rajouter quelque chose?

Malgré l’attaque brutale de bpost sur les conditions de travail et le rôle de la bureaucratie syndicale,

les postiers ont montré une énergie énorme pour combattre tous les plans de la société.

Photo: 7sur7.be

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