Un classique parmi les classiques

Par Vera Ríos, le 22 février

178 ans après le Manifeste communiste

L’écrivain Ezra Pound disait qu’« un classique est un classique non pas parce qu’il respecte certaines règles structurelles ou correspond à certaines définitions, mais parce qu’il possède une jeunesse éternelle et une fraîcheur permanente ». Le Manifeste remplit cette condition. Non pas parce qu’il est resté figé dans les vitrines académiques, mais parce qu’il bat. Parce qu’il respire dans chaque conflit ouvrier, dans chaque grève, dans chaque injustice qui révèle à nouveau le même antagonisme.

En 1848, lorsque Karl Marx et Friedrich Engels ont publié le Manifeste du Parti communiste, ils n’ont pas écrit un ouvrage littéraire destiné à la contemplation, mais une arme théorique pour l’action. Un programme. Une déclaration de guerre contre l’exploitation. Et cette guerre (même si les noms, les formes et les discours changent) est toujours ouverte.

Des générations entières ont rejoint le marxisme grâce à ces quelques pages.

Il n’y a pas de nostalgie : il y a une méthode. Il n’y a pas de dogme : il y a un mouvement. « Il n’y a pas un seul parti d’opposition que les adversaires au pouvoir ne qualifient de communiste », avertissaient-ils. Et cette phrase semble tellement d’actualité lorsque Javier Milei et Donald Trump traitent de « communiste » tous ceux qui s’opposent à eux, essayant de transformer en insulte ce qui est une tradition de lutte. Mais Marx et Engels l’avaient déjà prévu.

Si ce mot fait peur, c’est parce qu’il exprime une force réelle. S’il est répété comme une menace, c’est parce qu’il recèle une puissance historique. C’est pourquoi ils ont écrit le Manifeste : pour que les communistes disent ouvertement qui ils sont, ce qu’ils veulent et pourquoi ils se battent.

Dans la préface de 1883, Engels a synthétisé l’idée centrale : toute l’histoire de la société est l’histoire des luttes de classes. Ce n’est pas une métaphore : c’est la radiographie du monde. C’est l’usine, c’est la campagne, c’est le précaire qui pédale, c’est le quartier sans services. C’est la richesse qui s’accumule entre quelques mains tandis que des millions de personnes produisent ce qu’elles ne possèdent pas.

La pertinence du Manifeste ne réside pas dans la répétition de ses phrases, mais dans la persistance de ce qu’il dénonçait. Tant qu’il y aura de l’exploitation, il y aura une lutte des classes. Tant qu’il y aura des gens qui vivent du travail des autres, il y aura des gens qui remettront en question cet ordre. Et tant que l’humanité sera enchaînée à un système qui transforme tout, y compris la vie, en marchandise, l’horizon communiste restera une nécessité et non une utopie lointaine.

Le Manifeste ne vieillit pas parce que le capitalisme n’a pas résolu ses contradictions : il les a aggravées. Les crises se succèdent, les inégalités se creusent, la violence sociale s’intensifie, le génocide se propage. Ce qui en 1848 était une promesse de progrès montre aujourd’hui clairement ses limites historiques.

C’est pourquoi son appel final reste un éclair qui traverse le temps : « Que les classes dominantes tremblent, si elles le veulent, devant la perspective d’une révolution communiste ! Les prolétaires n’ont rien à perdre, sinon leurs chaînes. Ils ont, en revanche, un monde entier à gagner. » Ce n’est pas un slogan du passé. C’est un avertissement et un espoir. Et c’est encore une tâche à accomplir.

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