L’Europe est traversée par d’importantes mobilisations : en Allemagne contre l’extrême droite, dans l’État espagnol pour le droit au logement ou en France et en Belgique pour l’éducation. C’est le résultat de la politique des bourgeoisies européennes qui appliquent des plans de guerre sociale toujours plus durs. Face aux mobilisations et à la colère populaire, ils durcissent également la répression. Une répression inouïe et particulièrement cruelle quand elle touche la jeunesse.
Par : Équipe européenne du CORI-QI, le 13 octobre 2026
Le cri de révolte de la jeunesse
Depuis son explosion en septembre, le mouvement n’a cessé de s’agrandir. Partant des lycées, il s’est étendu aux universités et aux écoles supérieures. Ce mouvement naît dans un contexte de coupes spectaculaires dans le budget de 57 milliards. Les revendications initiales sont des conditions décentes pour étudier. Dès le départ, les élèves ont reçu le soutien de leurs profs et de leurs parents, eux aussi confronté à un Élysée qui gouverne depuis des années par ordonnance d’une main, et avec la matraque dans l’autre. Et ceci dans un contexte marqué par les conséquences sanitaires et environnementales des canicules, par les guerres, le génocide en Palestine avec la complicité de l’impérialisme français… Toute cette situation fait un terreau fertile pour la lutte . Mais encore fallait-il le courage et l’héroïsme de la jeunesse qui s’est levée sur tout le territoire, et dans ses colonies, à Mayotte, en Guyane et à la Réunion. Partout, cette jeunesse très politisée revendique un meilleur avenir et lutte avec détermination et avec une extraordinaire inventivité, chassant les médias d’extrême droite, ridiculisant les politiciens ou se mettant en scène en super-héros.
Une répression inédite en France
La répression systématique du mouvement des étudiants lors des blocages des écoles ou des manifestations est déjà bien connue dans les quartiers populaires et sur les manifestations depuis le mouvement des gilets jaunes. Ce qui est inédit ici, c’est l’usage de cette répression sur des adolescents et des enfants. Au 8 octobre, il y a eu déjà plus de 6800 arrestations dont 86 % concernent des mineurs(1) , un chiffre sans précédent dans l’histoire récente.
Le jeune Eden, 14 ans, sur qui un CRS a tiré à bout portant, et à un mètre, a perdu de nombreuses dents et a une double fracture de la mâchoire. Il aurait pu tout aussi bien mourir. Un autre jeune de 15 ans a eu la main arrachée par l’explosion d’une grenade de désencerclement. Ce ne sont ni des « bavures » ni des « accidents ». C’est la conséquence logique d’un choix politique pris par la bourgeoisie française, et qui s’est concrétisée et accélérée depuis le mouvement des gilets jaunes. Ainsi, face aux mouvements sociaux contestant leur politique d’austérité, la politique de la bourgeoisie n’est plus uniquement de défendre les institutions, mais d’attaquer systématiquement la contestation grâce à des unités spéciales, notamment des unités motorisées.
Ces unités ont déjà existé. Crée pour réprimer le mouvement de mai 68, ces unités ont été dissoutes en 1986, après la mort de Malik Oussekine, 22 ans, tabassé à mort par ces policiers. Mais une unité motorisée est réapparue lors du mouvement de gilets jaune, la BRAV-M pour brigade de répression de l’action violente motorisée. Ces unités, armées de LBD ou de lance-grenades, sont particulièrement violentes. Elles ont été en première ligne contre les manifestations à Sainte-Soline ou dans la lutte contre la réforme des retraites.
Mais les principales forces qui répriment les manifestations, ce sont les Compagnies Républicaine de Sécurité, des unités mobiles de répression lourdement équipées. Ces unités sont une invention du gouvernement de Vichy, nommées alors Groupe Mobiles de Réserve, et reconverties en CRS à la libération. Il est intéressant de constater que quartes nouvelles compagnies spécialisées dans les interventions en manifestation on vu le jour en 2024 avec le rôle spécifique d’aller casser la gueule au manifestant aux quatre coins du pays (2). Enfin citons la Brigade Anti Criminalité (BAC), utilisée depuis les Gilet Jaunes pour réprimer les manifs. Cette brigade est la descendante directe d’une police anti-immigrés, mise en place pour surveiller et réprimer les immigrés dans les quartiers populaires et les bidonvilles (3).
La législation qui attaques nos droits démocratiques se développe de plus en plus et les pratiques qui contrevienne à leurs propres loi comme l’absence de numéro d’identification sur les policiers, voire même l’interdiction de pancartes avec certains slogans jugés trop radicaux !
Face à la répression, opposons la classe ouvrière organisée
Face à cette répression, nous devons absolument renforcer la défense de nos mobilisations. Et face à la pratique systématique d’infiltration et de provocation de la police, nous devons promouvoir une organisation collective de notre autodéfense. Des initiatives ont vu le jour lors des débuts de la mobilisation étudiante, comme au Havre, où les syndicats ont appelé des travailleurs à venir assurer la protection des blocages. Dans toute la France, les adultes protègent les jeunes de la police. L’appel de la confédération paysanne « à rejoindre les blocages des lycéen.nes en tracteur ce mardi 6 octobre » (4) va dans ce sens : unir les luttes et ainsi mettre à disposition des moyens matériels pour protéger nos luttes de la répression. Car si la bourgeoisie a facile à réprimer la jeunesse ou des blocs radicaux isolés, elle aura bien plus difficile à contenir des sections organisées de la classe ouvrière. Les images de la répression des pompiers lors des dernières manifestations en sont un bon exemple.
Une stratégie révolutionnaire
Rappelons que si la répression est si forte, c’est que cette lutte est historique et ne vient pas de nulle part. Elle vient de deux générations de travailleurs et de travailleuses qui ont appris qu’il ne faut compter que sur nos propres luttes pour améliorer notre existence. Lasser des plans de mobilisation stériles des syndicats et des promesses des politiciens de gauche. Le mouvement des gilets jaunes, né après des années de défaites syndicales, montre que la lutte paie et que nous pouvons la décider nous-mêmes, sans attendre les mots d’ordre des bureaucraties.
D’ailleurs, l’appel du 17 octobre à un nouveau mouvement des gilets jaunes en est le symptôme.
Ce 17 octobre, il faut exiger que l’ensemble des syndicats déclenchent une mobilisation massive dans tout le pays contre le gouvernement Macron.
Car nous gagnerons réellement la lutte en construisant à partir de celles-ci des coordinations locales et nationales, des assemblées, des meetings, bref tout ce qui peut assurer l’organisation de réelles grèves générales indéfinies et de démonstrations de force massive.
Dans une perspective révolutionnaire, il faudra évidemment renverser ce gouvernement Macron et tous les gouvernements capitalistes qui suivront, mais surtout il faudra construire un état géré par notre classe. Cela veut dire, concrètement, dès aujourd’hui, construire nos propres organisations indépendantes du gouvernement et lutter pour une indépendance totale de nos syndicats.
Nous nous joignons ainsi aux appels à l’unité pour ce 17 octobre des luttes des pompiers, des enseignants, des lycéens, des agriculteurs, et de tous les secteurs. Faisons converger toutes nos luttes vers notre ennemi commun, tous ensemble pour construire un rapport de force qui puisse stopper cette guerre sociale que nous mène le patronat et son gouvernement. Faisons de la mobilisation du 17 octobre le premier pas vers cette unité !
Jugement et condamnation lourde des responsables à tous les échelons de la politique répressive ! Justice et fin des poursuites pour les victimes de la répression !
Organisation de comité d’autodéfense démocratique de nos luttes !
Que les syndicats rejoignent et mobilisent pour le 17 octobre !
Pour un nouveau mouvement des gilets jaunes !
Retrait de toutes les mesures d’austérité !
Refinancement massif de l’enseignement !
Augmentation générale des salaires qui prend en compte l’inflation !
Droits syndicaux et d’organisation démocratique de la police, spécialement le droit de grève. Droit à l’insubordination de l’ensemble des forces de l’ordre sans sanctions !
Désarmement des CRS ! Interdiction des LBD et des grenades !
Dissolution de la BRAV-M et de la BAC !
Notes :
(1) Le Monde 10/10
(2) https://www.police-nationale.interieur.gouv.fr/actualite/quest-ce-que-crs-nouvelle-generation
(3) https://www.contretemps.eu/police-racisme-quartiers-populaires/
(4) AFP 5/10

